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Les Lettres de JĂ©rusalem

lettres de jerusalem

C’est au 19ème siècle que la version la plus aboutie de cette escroquerie fit son apparition sous la dénomination des « lettres de Jérusalem ».

C’est la fameux Vidocq, passé de l’ombre à la lumière, qui en expliqua les ressorts.

Des bagnards, avec la complicité de gardiens, cela va sans dire, écrivaient de belles lettres censées émanées d’anciens nobles, nostalgiques de l’ancien régime, qui avaient fui la révolution sans emporter avec eux de considérables sommes d’argent. La lettre expliquait ensuite pourquoi la personne avait été choisie, recommandée et que son aide était sollicitée pour faire sortir l’argent du pays, moyennant quoi une juste rétribution leur serait versée. Evidemment, il fallait alors graisser la patte de quelque membre haut placé au sein de la nouvelle caste dominante ou au contraire un simple valet ou infirmier de prison mais cet investissement sera largement compensé par le gain attendu.

Un gain qui, vous vous en doutez n’arrivait jamais.

Il faut croire que nos contemporains ne sont pas plus difficiles à berner puisque les lettres de Jérusalem ont refait leur apparition dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’arnaque à la nigériane ou fraude 419 (du nom de la loi qui la punit dans son pays d’origine).

Le procédé est le même si le contexte est différent. il s’agit ici de dissidents africains, toujours immensément riches, qui vous promettent une part substantielle de leur magot moyennant une participation aux frais. Cette participation étant évidemment le seul but de l’arnaque.

Ce qui est sidérant, c’est le manque totale de rationalité qui caractérise les victimes de cette arnaque. D’ailleurs, une fois la première commission empochée, il est certain que l’arnaqueur demandera toujours plus de frais, commissions et graissages de patte divers et variés. La victime souhaitant se bercer dans l’illusion qu’elle ne s’est pas fait arnaquer souhaitera retarder au maximum le moment où il lui faudra se rendre à cette inéluctable évidence. D’où les sommes considérables versées à répétition dans ce déni de réalité. Tant que l’escroquerie n’est pas clairement découverte, la victime entretient le faux espoir que dans son cas, il s’agit d’une véritable bonne affaire…

pour info, le lien vers les mémoires de vidocq

Ces ressorts psychologiques existent en chacun de nous à des degrés divers. A nous de bien les cerner et de ne pas se laisser prendre.

Voici un exemple de lettre…curieuse ressemblance avec les mails nigérians, vous ne trouvez pas?

« Monsieur, Vous serez sans doute étonné de recevoir cette lettre d’un inconnu qui vient réclamer de vous un service : mais dans la triste position où je me trouve, je suis perdu si les honnêtes gens ne viennent pas à mon secours ; c’est vous dire que je m’adresse à vous, dont on m’a dit trop de bien pour que j’hésite un instant à vous confier toute mon affaire. Valet de chambre du marquis de…, j’émigrai avec lui. Pour ne pas éveiller les soupçons, nous voyagions à pied et je portais le bagage, y compris une cassette contenant seize mille francs en or et les diamants de feue madame la marquise. Nous étions sur le point de joindrelettre l’armée de…, lorsque nous fûmes signalés et poursuivis par un détachement de volontaires. Monsieur le marquis, voyant qu’on nous serrait de près, me dit de jeter la cassette dans une mare assez profonde, près de laquelle nous nous trouvions, afin que sa présence ne nous trahît pas dans le cas où nous serions arrêtés. Je comptais revenir la chercher la nuit suivante ; mais les paysans, ameutés par le tocsin que le commandant du détachement faisait sonner contre nous, se mirent avec tant d’ardeur à battre le bois où nous étions cachés, qu’il ne fallut plus songer qu’à fuir. Arrivés à l’étranger, monsieur le marquis reçut quelques avances du prince de… ; mais ces ressources s’épuisèrent bientôt, et il songea à m’envoyer chercher la cassette restée dans la mare. J’étais d’autant plus sûr de la retrouver, que le lendemain du jour où je m’en étais dessaisi, nous avions dressé de mémoire le plan des localités, dans le cas où nous resterions longtemps sans pouvoir y revenir. Je partis, je rentrai en France, et j’arrivai sans accident jusqu’au village de…, voisin du bois où nous avions été poursuivis. Vous devez connaître parfaitement ce village, puisqu’il n’est guère qu’à trois quarts de lieue de votre résidence. Je me disposais à remplir ma mission, quand l’aubergiste chez lequel je logeais, jacobin enragé et acquéreur de biens nationaux, remarquant mon embarras quand il m’avait proposé de boire à la santé de la république, me fit arrêter comme suspect. Comme je n’avais point de papiers, et que j’avais le malheur de ressembler à un individu poursuivi pour arrestation de diligences, on me colporta de prison en prison pour me confronter avec mes prétendus complices. J’arrivai ainsi à Bicêtre, où je suis à l’infirmerie depuis deux mois. Dans cette cruelle position, me rappelant avoir entendu parler de vous par une parente de mon maître, qui avait du bien dans votre canton, je viens vous prier de me faire savoir si vous ne pourriez pas me rendre le service de lever la cassette en question, et de me faire passer une partie de l’argent qu’elle contient. Je pourrais ainsi subvenir à mes pressants besoins, et payer mon défenseur, qui me dicte la présente et m’assure qu’avec quelques cadeaux, je me tirerai d’affaire. Recevez, Monsieur, etc. »

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